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L’avenir de notre alimentation, le Bio pour certains et le Brésil pour les autres

« Éteignez tout et le monde s’allume » c’est le conseil de Sylvain Tesson, écrivain voyageur, à ses contemporains qui, désorientés face aux pleins phares du numérique, n’arrivent plus à retrouver le chemin de leur quotidien. Autrement dit, nous passons aujourd’hui plus de temps à nous arranger avec la réalité qu’à y faire face alors que tout est là, sous nos pieds.
  • Points de repère pour notre identité, notre alimentation et nos territoires, les agriculteurs s’effacent progressivement confrontés à une concurrence internationale qui n’est pas soumise aux mêmes règles.
 
  • Il est alors urgent de les aider à retrouver confiance en l’avenir, à concevoir un modèle qui en plus d’avoir les pieds dans la terre a le regard tourné vers la pérennité de l’exploitation en elle-même, car c’est une entreprise, ne l’oublions pas. Comment ? Quelques pistes.

Passer de l’industrialisation des standards à la personnalisation de masse

  • Depuis longtemps une infinité de réglementations ou encore de prises de position démagogiques ont creusé le sillon du « toujours plus » pour moins cher, affaiblissant à chaque passage les capacités de rénovation du tissu agricole français. Plus grave encore, elles ont enfoui l’esprit de l’agriculture familiale à la française qui est pourtant, il faut le rappeler, la plus vertueuse de tous les grands pays agricoles. Sommes-nous conscients du vrai paradoxe qui consiste à exiger toujours plus chez nous et à importer toujours plus, de pays lointains, qui ne respectent pas ce que nous nous imposons ? Sommes-nous conscients que la terrible suite logique à cela est d’être confronté, à terme, à un choix entre le Bio pour certains et le made in Brazil pour tous les autres ?
 
  • Nous le voyons il est urgent de choisir notre modèle pour une alimentation accessible à tous. Il ne peut être que suffisamment productif et en même temps différencié et valorisé pour tenir compte des coûts de production qui sont les nôtres, dans notre environnement social, environnemental et fiscal. Il faut par ailleurs se résoudre à faire le constat que 40 ans après son lancement, et malgré tout son intérêt, le Bio représente aujourd’hui 7 % de la surface agricole française… et si nous espérons qu’un jour il atteindra les 15 % il apparaît évident que cela ne suffira pas.
 
  • Parmi les différents attelages du changement, à l’heure du numérique et de la recherche universelle de sens, il nous faut favoriser la différenciation par l’humain, par l’engagement des femmes et des hommes qui composent les filières agricoles, ces agriculteurs fiers de leurs territoires, ces entrepreneurs qui possèdent les clés du changement. Ce sont sur eux qu’il faut concentrer nos efforts, leur donner les moyens de leurs ambitions, plus d’autonomie, car ce sont eux qui incarnent à l’export l’image qualitative de l’alimentation à la française, vecteur de valorisation. Il s’agit maintenant de savoir comment.

Les agriculteurs, des entrepreneurs de terrain, moteurs de la transition agro-écologique

  • L’année dernière, Emmanuel Macron présentait la France comme une « start-up nation », c’est vrai. Véritables entrepreneurs de la terre, nos agriculteurs sont aussi géologues, ingénieurs-agronomes, vétérinaires, anthropologues, maintenant communicants à l’aise avec le marketing et les réseaux sociaux sans parler de l’accueil touristique. Comment font-ils pour empiler toutes ces compétences ? À mon sens, ils possèdent tous un dénominateur commun, presque naturel : leur volonté de protéger leurs terres, dans toutes leurs diversités, leurs richesses.
 
  • Aujourd’hui, rassemblés autour de syndicats, les agriculteurs – toutes filières confondues – se structurent de plus en plus nombreux pour être indépendants mais pas isolés, ils peuvent maintenant défendre de nouvelles façons de penser et de pratiquer leur métier, ou plutôt devrais-je dire, leur passion. C’est une première victoire.
 
  • Il n’y a pas de solution unique et miraculeuse mais parmi les pratiques qui se dégagent actuellement, je souhaiterais mettre en lumière la certification « Haute Valeur Environnementale ». Il s’agit d’un label public complémentaire du Bio et issu du Grenelle de l’environnement, porté unanimement, chose rare, par les pouvoirs publics, les acteurs de la distribution, les ONG environnementales et surtout un nombre de plus en plus important de filières agricoles à l’initiative pionnières des Vignerons Indépendants de France. La HVE, avec toute son exigence agro-écologique, permet de proposer une alimentation à la fois vertueuse mais aussi accessible à tous.

Haute Valeur Environnementale : pourquoi il faut amplifier le mouvement

  • Actuellement « à un point de bascule » selon Didier Livio, associé au cabinet Deloitte Développement durable, lors des premières rencontres nationales de la HVE, à Paris, le 13 février dernier au ministère de l’agriculture, la HVE est intégrée dans la feuille de route des acteurs de la distribution « Parmi nos dix grands clients (dans le secteur agricole et agroalimentaire, ndlr), tous ont un objectif d’approvisionnement à 100 % en HVE à l’horizon 2023. C’est inscrit ! »
 
  • La démarche HVE permets de rassembler sous une seule bannière publique de multiples démarches à caractère privée et anarchiques développées à côté du bio par des distributeurs ou metteurs en marché. Par la rigueur de ses engagements environnementaux, elle participera de façon massive à la fois à la protection de la biodiversité sur nos territoires et à l’augmentation de la rémunération de nos agriculteurs ayant pris des engagements forts à cet égard. Pour beaucoup la HVE va devenir un segment aussi important que le bio en représentant à terme 30 à 40 % du marché alimentaire.
 
  • Nous ne pouvons continuer à exiger de nos agriculteurs qu’ils produisent sans cesse mieux, sans différencier leurs productions de celles venant du monde entier et actuellement vendus au même prix. Il faut le dire, une agriculture de masse vertueuse est possible et existe, il s’agit maintenant de la caractériser et enfin de la récompenser.
 
  • La HVE permet de donner aux agriculteurs les moyens d’une ambition écologique économiquement viable en informant le consommateur par un logo lui permettant de distinguer le mode de production de ce qu’il achète. Cette démarche doit être transversale au plus grand nombre de filières afin de créer un label à la notoriété comparable au Bio et bien sûr, non concurrent mais complémentaire.
 
  • Il est maintenant de notre responsabilité – syndicats, élus, décideurs – de donner de l’espoir aux agriculteurs engagés (dans cette démarche) conciliant la pérennité d’une agriculture forte, la nécessaire protection de notre environnement et le maintien en France de la production d’une alimentation saine et durable, exigeante mais accessible à tout un chacun, quels que soient ses moyens.
  Par Jean-Jacques Jarjanette,
  • Président de l’Association Nationale pour le Développement de la Certification Haute Valeur Environnementale
  • et Directeur Général des Vignerons Indépendants de France
  Tribune parue dans challenges.fr [https://www.challenges.fr/economie/agriculture/l-avenir-de-notre-alimentation-le-bio-pour-certains-et-le-bresil-pour-les-autres_673551]

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13 septembre 2019

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