« Stop au bashing agroécologique »

En attaquant la certification Haute Valeur Environnementale (HVE) et en l’opposant à la certification Agriculture Biologique (AB), vous – Confédération paysanne, et vos alliés de circonstance – vous trompez de combat.

Le 2 décembre dernier, lors d’une conférence de presse à charge, le syndicat agricole Confédération Paysanne a voulu faire un coup d’éclat, véritable démonstration de force – associant de puissants acteurs investis dans ce qu’on peut appeler un lobby BIO de circonstance – pour une violente critique de la certification environnementale des exploitations agricoles, certification publique issue du Grenelle de l’environnement.

En opposant la pluralité des solutions agroécologiques et en cherchant à décrédibiliser la certification Haute Valeur Environnementale – abusivement assimilée à une concurrence déloyale à la certification Biologique – la Confédération paysanne se trompe de combat.

S’il est parfaitement légitime de valoriser la certification AB et ses engagements, vouloir circonscrire le monopole de la transition agroécologique à la seule certification Biologique, c’est oublier l’importance des enjeux en matière de biodiversité et de préservation des ressources en eau abordée par la Haute Valeur Environnementale. C’est nier ouvertement les efforts consentis et les bonnes pratiques agricoles mises en œuvre par les agriculteurs français : cette vision manichéenne d’un monde agricole partagé en deux avec – les gentils (agriculteurs certifiés Bio) d’un côté contre les méchants (agriculteurs pas certifiés Bio) de l’autre – est simpliste, réductrice, stigmatisante et contre-productive.

La Haute Valeur Environnementale est une mention valorisante issue des réflexions du Grenelle de l’environnement et inscrite dans le Code Rurale. Depuis 2012, elle permet de mettre en valeur auprès des consommateurs les bonnes pratiques agricoles mises en œuvre à l’échelle d’une exploitation, quel que soit son mode de production, biologique ou non. C’est là sa seule ambition.

La méconnaissance d’un sujet n’autorise pas à le critiquer

La Haute Valeur Environnementale n’a ni l’ambition, ni la volonté de nuire à la certification Biologique. Les 2 certifications sont gérées par un service unique au sein du Ministère de l’Agriculture : le Bureau de la Qualité de la DGPE (Direction Générale de la Performance Economique et Environnementale). Quels intérêts auraient les services de l’État à mettre en concurrence 2 certifications dont ils ont la charge. C’est au contraire la garantie que la certification Haute Valeur Environnementale et la certification Biologique abordent l’agroécologie de manière différente et de fait, complémentaire :

  • La HVE s’intéresse à la fois à la biodiversité et à l’autonomie des exploitations vis-à-vis des intrants, notamment en matière de ressources en eau, 2 sujets que ne contrôle pas la certification Biologique.
  • La HVE s’intéresse à l’ensemble de l’exploitation en intégrant l’environnement des parcelles, là où la certification bio se concentre sur les pratiques au champ et offre la possibilité à une exploitation de n’appliquer le cahier des charges (Bio) qu’à une partie de son activité.
  • La HVE intègre la validation du respect de la réglementation environnementale, là où la certification Biologique considère que c’est un pré-requis que toute exploitation certifiée Bio respecterait naturellement,
  • La HVE s’appuie sur des indicateurs de performance avec des seuils à dépasser poussant l’agriculteur à engager un processus d’amélioration continue , là ou le Bio présente un cahier des charges normatif sanctionnés par une liste d’interdits / obligations.
  • La HVE permet d’identifier les produits agricoles issus d’une agriculture agroécologique exclusivement française, quand un même logo Bio est utilisé pour toute production agricole qu’elle soit française, UE et même hors UE.

Lors de votre conférence de presse, certaines « associations d’intérêts » interrogent sur la sincérité de votre démarche

« Cette stratégie de dénigrement débridé de la part d’un syndicat agricole qui se vante de défendre la paysannerie française pose question. S’associer – pour donner du poids à cette croisade irrationnelle, violente et mensongère – à des acteurs industriels et commerciaux qui participent depuis plus de 20 ans, à ce que la part des produits BIO importée et consommée en France ait augmenté pour atteindre désormais un tiers des volumes du Bio proposés aux consommateurs français; et tout ceci au détriment des producteurs français Bio et non Bio: forcément, ça interroge. »

Oui au Crédit d’Impôt pour tous. Et oui aux Crédits d’Impôt Bio et HVE cumulables

En adoptant un amendement permettant la création d’un crédit d’impôt pour favoriser le développement de la HVE, devenu article 43 duodecies du PLF 2021, les députés ne se sont pas trompés. Ils ont créé un levier nouveau pour faciliter la valorisation de la transition agroécologique de la « Ferme France ». Une certification transversale, ouverte à toutes les productions, végétales et animales, à tous les modes de production, biologique et non biologique, dont la seule ambition est de valoriser auprès des consommateurs l’excellence environnementale des pratiques des agriculteurs français en certifiant leurs exploitations.

Et parce que la certification Bio n’est pas reconnue dans le Plan Biodiversité du Ministère de la Transition Ecologique, nous avons milité pour que les producteurs Bio puissent cumuler un Crédit d’Impôt HVE avec le Crédit d’Impôt Bio. Ceci facilitera l’accès de ces producteurs à la certification Haute Valeur Environnementale, et il est étonnant qu’un syndicat agricole dénonce cette opportunité offerte aux producteurs Bio de bénéficier de ce double avantage.

Ensemble, avançons

L’Association nationale pour le développement de la certification Haute Valeur Environnementale rassemble tous les acteurs (production, transformation, distribution, collectivités locales, acteurs du conseil agricole) afin de partager leurs expertises et de participer au déploiement d’une agriculture de Haute Valeur Environnementale.

  • Elle milite pour valoriser financièrement sur le marché agricole, les surcoûts des pratiques agroécologiques d’excellence attendues par nos concitoyens.
  • Elle estime que c’est un levier indispensable pour sortir du marché des commodités agricoles et pour permettre aux agriculteurs de valoriser financièrement la montée en gamme de l’agriculture française face à la concurrence d’acteurs agricoles toujours plus agressifs et qui sont loin de pouvoir revendiquer l’engagement agroécologique de la Ferme France.

Vous n’avez pas le monopole de l’agroécologie

Opposer les agricultures entre elles est un non-sens et un manque de vision stratégique. Au-delà des postures idéologiques ou de la défense de vos intérêts particuliers – notamment commerciaux – utilisons collectivement la certification Haute Valeur Environnementale françaises comme une chance pour l’or vert de notre pays.

Sachez, chère Confédération Paysanne – que vos propos, et ceux de vos associés de circonstance – ont profondément choqué les agriculteurs engagés dans des pratiques agroécologiques que la Haute Valeur Environnementale leur permet de mettre en valeur. Une organisation dite « professionnelle » qui accuse sans aucun filtre ni droit de réponse, qui s’autorise à rabaisser gratuitement des acteurs sincères avec des termes aussi violents que « tromperie » ou des adjectifs humiliants tels que « ridicules », ne sert en rien la cause de l’agriculture française. Et la certification Biologique – que nous défendons par ailleurs avec conviction pour les valeurs réelles et précieuses qu’elle porte – mérite bien mieux que de servir d’alibi vos discours outrageux, calomnieux et médisant.